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Il y a quelques mois, j’ai interrogé, pour un article, quelques blogueurs théâtre afin qu’ils témoignent des bonnes ou mauvaises pratiques dans la relation blogueur. Désormais c’est vers les chargés de communication et/ou de relations publiques, les community managers et autres professionnels des théâtres que je me suis tourné afin d’avoir l’autre côté du miroir de cet article.

Quatre théâtres ont répondu à l’appel, Adrien Castelnau – Assistant de direction au Théâtre Saint-Georges, Aurore Bigard – Chargé de web communication de la Comédie de Paris, Laurent Codair- Directeur de la Communication du Théâtre Poche Montparnasse et l’administratrice d’un Théâtre, qui a souhaitée rester anonyme. Ils se sont tous pliés au jeu de ce questionnaire, et j’ai pu réunir leurs réponses sous quelques conclusions que je vous présente ici.

La sélection des blogueurs par les théâtres

Les relations blogueurs permettent aux théâtres de toucher un autre public que les lecteurs des sites, journaux ou pages spécialisées sur le théâtre (dans une perspective d’élargissement des publics), d’être le plus visibles possible, de faire connaître les pièces en amont ou dès leur lancement, de lancer le bouche à oreilles. Elles peuvent aussi chercher à intéresser les blogueurs « lifestyle » ou spécialisés sur une ville ou une région au théâtre. Les rencontres avec les blogueurs peuvent prendre des formes diverses et variées tout au long de l’exploitation, qui peuvent être une discussion avec l’équipe de la pièce au démarrage de nouvelles créations, une générale de presse, une soirée spéciale ou des invitations à l’une des représentations du spectacle ….

Contactés le plus souvent par e-mail et/ou par twitter, les blogueurs sont sélectionnés par différents moyens : durant une veille informatique, quant à leur influence visible, la qualité du contenu diffusé, après des échanges ou suite à une rencontre physique lors d’événements comme la Gladparty (qui réunit à Paris des passionnés de théâtre, acteurs, metteurs en scène ou professionnels de théâtre, blogueurs ou twittos actifs etc.). Les blogueurs peuvent aussi être approchés suite à une ou plusieurs recommandations de personnes les connaissant (de ce fait, un « mauvais » blogueur va vite être catalogué, et son comportement impoli pourra, rejaillir par généralisation, d’une ou deux mauvaises expériences, négativement sur toute la « communauté » des blogueurs).

Les articles écrits sont relayés sur les réseaux sociaux, affichés dans le hall du théâtre, apparaissent dans les revues de presses des spectacles sur les sites internet et/ou les sites des TPA, et parfois un extrait est joint dans le DP ou le flyer lors des reprises ou prolongations, ….

Les articles sont lus systématiquement « C’est aussi [leur] travail de connaître ce qui se dit sur [leur] pièce » et heureusement la critique étant libre et que chacun ses goûts, un avis négatif ne vous fera pas blacklister. Comme le dit Aurore Bigard (de la Comédie de Paris) : « tout dépend de ce que l’on entend par négatif. J’accepte complètement qu’un blogueur n’ait pas accroché, personnellement à un spectacle. Les goûts et les couleurs … Et dans ce cas, il n’y a aucun souci, au contraire même à les revoir sur d’autres spectacles, qui peut-être leur correspondront mieux » . Et Laurent Codair (du Théâtre de Poche-Montparnasse) de renchérir « le choix d’accréditation est indépendant des ressentis du blogueur [sur l’un ou l’autre spectacle], comme avec les journalistes ».

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Par la suite, j’ai pu également lister quelques règles de savoir-vivre et de savoir-être pour améliorer au mieux les relations blogueurs. Néanmoins ce qui va être dit ci-dessous ne concerne que quelques blogueurs et n’est l’avis que de quelques théâtres assez ouverts pour avoir des relations blogueurs et assez honnête pour dire ce qui va et ce qui ne va pas.

1/ Ne pas prendre le melon

Finissons-en avec la représentation du blogueur-diva. Aurore Bigard constate que « les choses ont changé, certains se professionnalisent dans le mauvais sens du terme, la simplicité qui existait au départ a disparu », signifiant par là que certains veulent être traités comme des journalistes ou des critiques professionnels sans en être. Elle remarque même en souriant que « certains ont d’ailleurs pris le melon ». Alors que, comme le rappelle également Adrien Castelnau, à la différence des médias à large audience, « écrire un blog [de même que les articles de presse très spécialisée] ne ramènera pas plus de monde, c’est seulement un plus »

Ainsi, il est nécessaire de rester humble, bloguer est et doit rester une passion, et ce n’est pas parce que vous êtes reconnus dans votre domaine qu’il faut croire que tout vous est dû. Ce qui m’amène à mon deuxième point.

2/ Une invitation n’est pas un dû

Je sais que certains blogueurs théâtre sollicitent des invitations, ce n’est pas un souci, « qui ne tente rien n’a rien » – et je l’ai fait moi-même 2/3 fois avant d’abandonner la pratique – mais ce n’est pas non plus une raison pour se plaindre quand le précieux sésame est refusé. Parce que A : Tout le monde ne fait pas de relations blogueurs, B : Les invitations sont régies par quelques règles.

Adrien Castelnau, avec sa fougue habituelle nous en rappelle une : « Certains se permettent de s’inviter un samedi soir, ce qui prouve leur non-connaissance du métier puisque le samedi est le soir le plus chargé […] d’autres s’attendent à recevoir un bristol comme si c’était les soirées de l’ambassadeur». De même que les offres moins de 26 ans des Théâtres Parisiens Associés (un regroupement de 50 salles parisiennes privées) sont ouvertes pour les mardis, mercredis et jeudis, c’est-à-dire les jours où le remplissage est en général le plus difficile, vous aurez plus de chance d’obtenir une invitation pour ces jours-là.

Mais il arrive bien entendu qu’en tant que blogueurs ayant une activité professionnelle parfois prenante, les soirs de semaine ne soient pas toujours des moments idéaux pour aller au théâtre. Je laisse les mots d’Adrien rappeler que « si les blogueurs tiennent à leur indépendance, il suffit d’acheter les places de théâtre et d’être un spectateur lambda. […] Des blogueurs commencent déjà à être black-listés à force de manger à tous les râteliers ».

Le théâtre fait un pas vers vous en vous proposant une invitation (certes, en semaine) si la date vous déplaît ou si vous êtes indisponible le soir de la générale de presse où vous êtes convié(e), vous pouvez toujours tenter de négocier (visiblement pas auprès du Théâtre Saint Georges 😉 ) dans un échange cordial d’e-mails.

Conseil: prenez les invitations comme un cadeau et non comme un dû, la vie vous paraîtra beaucoup plus belle (et dites merci) 😉

3/ Répondre toujours aux invitations

D’un autre coté, vous pouvez aussi recevoir une invitation pour un spectacle, qui ne vous tente pas, voire vous déplaît. Même dans ce cas, répondez toujours à une invitation, même par la négative, car une relation se construit à deux (tout comme vous répondriez négativement à une invitation à dîner qui ne vous tente pas réellement). Cette réponse, si elle est franche mais courtoise, pourra être l’occasion d’un échange avec le théâtre et donner l’occasion à la personne, qui dans le théâtre s’occupe des relations blogueurs, de cerner vos souhaits et vos goûts. Ainsi, le théâtre qui a souhaité rester anonyme déclare « pour en avoir démarché beaucoup sans avoir de retour, je suis plutôt déçue ». Cette critique est revenue dans le témoignage d’Adrien Castelnau « [Le minimum est] une réponse lorsque l’on l’invite, et s’il n’est pas content de recevoir des milliers d’invitations […] et bien il vaut mieux arrêter » ou bien, plus loin lors de notre échange « [on a une] invitation sans réponse, puis [le blogueur] reproche de ne pas être invité à chaque fois, puis lorsqu’on lui fait remarquer qu’il n’a pas répondu, s’étonne qu’il faille répondre. La politesse n’a pas l’air d’être donnée à tout le monde ».

Enfin, je terminerais cette partie par le témoignage du théâtre anonyme « Un mauvais échange, c’est le blogueur qui confirme sa présence et ne viens pas. Ce n’est absolument pas correct » C’est en effet irrespectueux, et je rougis des 2/3 invitations que j’ai annulées à la dernière minute (une fois j’ai même carrément oublié et l’attaché de presse m’envoie gentiment un message pour me le rappeler, mais j’étais déjà chez moi *gros moment d’embarras et d’auto-flagellation* … tout cela pour dire que, même si j’écris cet article, je ne suis pas exempte de mauvaise pratique).

4/ Être Respectueux

A la question « Qu’attendez-vous des relations Blogueurs ? » Aurore Bigard a répondu « nous attendons de l’humilité, et du respect mutuel […] je crois qu’idéalement, nous souhaiterions tous des rapports de bonne camaraderie […] » afin de créer une véritable relation et une interaction sociale qui ait du sens et c’est pour moi également du BA-ba.

Ainsi, ce qui est fustigé; c’est également une certaine malhonnêteté intellectuelle, ainsi s’il est « appréciable de lire un billet impliqué » néanmoins « J’attends des blogueurs qu’ils […] soient moins cassants. Certains blogs ne sont plus dans la bienveillance et je ne vois pas l’utilité de ce type d’attitude. […] Il y a deux façons d’exprimer son ressenti négatif sur une pièce. […] soit je ressens la bienveillance du commentaire soit il n’y a que de la malveillance et là ça ne passe pas ». Un ressenti qu’Aurore Bigard connaît bien « lorsque les posts de blog sentent l’attaque personnelle de l’un ou l’autre, ou que le blogueur énonce sans trembler que « c’est mauvais », j’avoue me demander toujours comment on peut avoir l’aplomb d’être si catégorique ! Ne pas aimer quelque chose, et que ce quelque chose soit bon ou mauvais sont deux choses différentes ! ». Une critique de spectacle, qui paraît de mauvaise foi, vous donne mauvaise réputation et en plus ferme le débat.

5/ Ne pas manquer de curiosité

Un des derniers conseils que j’ai retiré de mon questionnaire, c’est celui d’Aurore Bigard « s’il est évidemment impossible de tout voir, il faut sortir du sérail de temps en temps » . Elle utilise même le terme « Chercher les pépites », alors allons nous enfermer dans des petites salles, des caves, … pour mettre en lumière les talents de demain, rien ne nous en empêche. Le Théâtre qui a souhaité rester anonyme trouve même que les blogueurs snobent les petites salles « Ils préfèrent aller dans les grandes salles parisiennes ou les théâtres subventionnés ».

6/ Collaboration et Échange sont les maîtres mots de la relation avec les blogueurs

Malgré les mauvaises pratiques pointées du doigt plus haut et qui ont pu se développer dans certains cas, les relations avec les blogueurs sont souvent très agréables. Laurent Codair se déclare « Pleinement [Satisfait]. Les échanges sont animés par la passion du théâtre. Ce qui diffère des relations avec les journalistes qui ont une approche plus distanciée ». De même pour Aurore Bigard qui déclare « si nous les invitons, c’est donc plus parce que nous aimons l’idée de partage avec « de vrais gens », non « vendus » à tel ou tel média, parce que ça nous fait plaisir… nous espérons donc toujours avoir en face de nous des blogueurs qui sont eux aussi là pour la philosophie qu’il y a derrière tout ça ».

Et c’est le théâtre qui a souhaité être anonyme qui synthétise mieux ce que doit être la relation théâtres-blogueurs : « Collaboration commune » et « Relais ».

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Pour finir les relations blogueurs, c’est avant tout une relation positive, c’est initier un bouche-à-oreille à propos d’une pièce, d’un auteur/comédien, c’est nouer un contact durable et humain entre un responsable d’un théâtre et un blogueur, c’est une confiance mutuelle, un principe gagnant-gagnant.

Et je finirais par un souhait d’Aurore Bigard, que j’approuve et que je fais mien « J’aimerais que les blogueurs restent des gens passionnés et curieux ».

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J’espère que cet article vous a plu, ne tapez pas sur la messagère, mais le débat est bienvenue en commentaire ou sur les réseaux sociaux.

Merci à Aurore Bigard, Adrien Castlenau, Laurent Codair et Mme X de s’être impliqués dans cet article et à Plume Chocolat pour ses conseils et sa relecture.

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