Le Marchand de Venise d’après Wiliam Shakespeare.

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« Antonio, riche marchand chrétien, accepte d’emprunter trois mille ducats à l’usurier juif Shylock afin d’aider son ami Bassanio à faire la conquête de la belle et riche Portia. Au moment où celui-ci gagne la main de la jeune femme en remportant l’épreuve des trois coffrets, il apprend qu’Antonio vient d’être jeté en prison pour n’avoir pu rembourser sa dette. Shylock exige alors qu’une livre de chair soit prélevée sur le corps de son débiteur. »

La mise en scène est épurée et resserrée (1h15mn), dans un décor d’une Venise tout juste suggéré, grâce à un habile arrangement de ponts miniatures et de bacs remplis d’eau, un petit coté théâtre d’objet qui permet une grande mobilité des décors.

Le jeu complice des 4 comédiens (3 hommes 1 femmes) à double voire triple emploi, participe au rythme soutenu du drame et porte avec habileté et talent cette oeuvre shakespearienne, non exempte de violence latente, qui capture et attire le spectateur.

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La pièce est pleine d’ambiguïté, ce qui ne manquera pas de fasciner le spectateur. Ce qui m’a le plus captivé dans cette mise en scène, ce n’est pas l’intrigue de la pièce, mais les relations entre les personnages, incapable de lâcher prise et de pardonner.

Leur ambivalence aussi, aucun manichéisme, on peut avoir de l’empathie pour, comme penser qu’il n’y a rien à sauver chez eux. Cette alternance m’a laissé dans une position inconfortable, qui m’a poussé à réfléchir sur la pièce et sur le manque de bienveillance des personnages, qui petit à petit pousse la pièce vers le drame. Incapable d’aller de l’avant, la pièce se conclut sur une litanie de châtiment et de damnation. Le drame (et la frustration) c’est aussi de savoir, en tant que spectateur (ou lecteur) que le pardon aurait pu changer leur destin. Mais à quel moment survient le drame dans cette pièce ? Est-ce que tout ne serait pas déjà joué d’avance ?

Difficile aussi de se restreindre, de ne pas juger des propos de la pièce à l’aune d’une culture du XXI° siècle, tant le fossé qui nous sépare du XVII° siècle se creuse sur la question de l’antisémitisme. Shakespeare a fait du personnage de Shylock, un personnage si détestable dans la culture populaire anglaise qu’il est devenu le synonyme de « requin d’affaires » ; à contrario il lui a donné un monologue qui constitue l’un des sommets de la pièce :

Un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes, des dimensions, des sens, de l’affection, de la passion ; nourri avec la même nourriture, blessé par les mêmes armes, exposé aux mêmes maladies, soigné de la même façon, dans la chaleur et le froid du même hiver et du même été que les Chrétiens ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ? Et si vous nous bafouez, ne nous vengerons-nous pas ? Si nous sommes semblables à vous en tout le reste, nous vous ressemblerons aussi en cela.

— acte III, scène 1

Outre pour le talent exceptionnel de ses interprètes et la fluidité de la mise en scène, qui vous plongera pendant un peu plus d’une heure dans la beauté de l’oeuvre de Shakespeare, en rien travesti par le resserrement de l’intrigue, courrez voir cette pièce pour l’ambiguïté de l’oeuvre, qui ne laissera personne indifférent.

 


 

Artistes : Thomas Marceul ou Cédric Revollon, Julia Picquet ou Léa Dubreucq, Rémy Rutovic, Antoine Théry.

Metteur en scène : Ned Grujic

Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Du 24 janvier au 1er avril 2018, du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 17 heures

De 11 € à 26 € Réservations : 01 45 44 57 34 ou via le site internet du théâtre

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