L’édition théâtrale au XIXème siècle : naissance d’une industrie culturelle.

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De 2009 à 2011, alors étudiante à l’UVSQ, j’ai entrepris une recherche universitaire, au carrefour de l’histoire du spectacle vivant et de l’histoire de l’édition au XIXème siècle, sous la direction de Jean-Yves Mollier et de Jean-Claude Yon. Cette étude est une ébauche de répertoire des éditeurs de théâtre, qui permet de mesurer l’importance de ce secteur relativement florissant au XIXe siècle.

Je mets ici à disposition des étudiants, chercheurs, professeurs ou curieux mon étude.


            Bien que notre travail tente de répondre à diverses interrogations, il nous incombe en particulier de démontrer à travers cette étude, comment l’édition théâtrale au XIXème siècle a contribué à faire des arts du spectacle, et en particulier le théâtre, une industrie culturelle[1] en mettant en évidence un certain nombre de spécificités susceptibles de rendre compte des singularités de cette édition.

            Bien qu’au XIXème siècle la lecture des pièces de théâtre soit une pratique culturelle courante, plusieurs facteurs sont à prendre en compte dans son évolution. C’est pourquoi dans une première partie il nous faudra aborder le milieu éditorial, qui favorise dans un premier temps le théâtre à travers les éditeurs, puisqu’en effet l’ouvrage est conçu et réalisé par une structure de production, que l’on peut regrouper sous le terme générique « d’éditeur[2] ». Il est compris comme le personnage ayant développé le livre, assurant sa publication et sa commercialisation (c’est pourquoi chaque éditeur identifiant une maison d’édition est également entendu comme une structure commerciale). Dans ce siècle où l’originalité d’un éditeur passait presque obligatoirement soit par la prospérité économique, soit par son ascension dans le monde des lettres, l’éditeur bâtit dans un premier temps un empire spécialisé en dominant un secteur spécifique du livre imprimé. Cette histoire d’éditeur repose sur des approches et des perspectives très diverses, abordées à partir de différentes archives et sources bibliographiques[3], nous permettant de reconstituer les carrières des éditeurs, leurs trajectoires professionnelles, leurs succès et leurs échecs.  En effet exercer le métier d’éditeur expose à la faillite, et nombreux sont ceux qui en connaissent plusieurs avant qu’un désastre ultime ne les contraignent à abandonner la profession.

            Il conviendra également de tenter de connaître les positions de l’auteur non seulement dans le système éditorial (l’auteur et l’éditeur constituent le couple majeur dans le monde du livre au XIXème siècle) mais également au sein de la sphère économique, sociale et culturelle de la société de ce siècle.

            Par la suite nous tenterons de dessiner une image de l’économie éditoriale des différentes maisons d’édition, et de tout ce qui a trait à la diffusion du livre. C’est la raison pour laquelle, nous nous interrogerons non seulement sur les délais d’impression (la rapidité était de mise pour « voguer » sur le succès de la représentation), mais également les réseaux de distribution et les techniques de publicité mises en place afin de faire connaitre un produit dans le but d’inciter à l’acheter.

            Dans une seconde partie, il s’agira de traiter du devenir des grandes collections théâtrales lancées par les éditeurs qui nous intéressent. Chaque éditeur cherche le succès d’un livre et espère en vendre plus que ses concurrents, c’est pourquoi le lancement d’une collection constitue le passage obligé pour se bâtir un nom et une fortune. Par ailleurs, dans une librairie l’acheteur potentiel reconnaît d’emblée les formes, signes, couvertures, … singularisant telle ou telle maison d’édition ou collection. C’est pourquoi nous nous attacherons à exposer et décrypter les signes de leur spécificité imposée par la rude concurrence.

            Comme expliqué précédemment, l’édition théâtrale ne comprend pas uniquement la publication des pièces. Ce secteur éditorial jouit également de l’existence d’une presse spécialisée sur laquelle nous allons nous pencher afin de mesurer l’intérêt que représentent leur possession pour l’éditeur et leur rôle dans le monde de l’imprimé en général.

            Autre thème abordé dans la troisième partie de cette recherche, la finalité de l’impression des pièces considérées non seulement comme l’élément d’un processus plus général, à savoir la production d’un spectacle mais également inscrit dans un procédé, indépendant de la représentation, la lecture individuelle C’est pourquoi nous nous interrogerons sur l’apparition et la poursuite de diverses pratiques culturelles autour de la lecture théâtrale.

            En effet un livre, quel que soit sa forme et son contenu, est destiné à un lecteur. C’est pourquoi, dans un premier temps sur les moyens nous chercherons les moyens permettant d’accéder à la lecture et cela dans des espaces et à travers des pratiques, toutes singulières.

            Par la suite, nous traiterons de l’exportation du théâtre en province et à l’étranger ; puis à l’échelle plus modeste de l’individu, d’une part la lecture silencieuse ; chez soi ou lors de la représentation, et d’autre part la pratique sociale de l’écoute lors de la lecture publique ou lors de représentations privées.

            En dernier lieu nous aborderons les raisons du déclin de l’édition théâtrale à travers l’analyse de l’évolution des pratiques socioculturelles.


[1]    F.W.J. Hemmings ; The Theater industrry in nineteenth-Century France ; Cambridge University Press, 1993.Le détour par la notion d’industrie culturelle nous permet de nous interroger sur la création d’une industrie du spectacle au XIXème siècle et sur l’organisation commerciale du divertissement.

[2]     DURAND (Pascal) et GLINOER (Anthony). – Naissance de l’éditeur. L’édition à l’âge romantique. – Bruxelles : Les Impressions nouvelles, 2005, 240 p.

[3]     Exposé à la fin de notre travail.