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Découvrez Marion Moinet, costumière à Paris depuis 4 ans. Travaillant principalement pour le théâtre, sa compagnie (la musicienne du silence) et elle étaient notamment aux ateliers Berthier l’hiver 2014 avec Platonov de Benjamin Porée ainsi que dans le « In » d’Avignon cet été avec Trilogie du revoir. Il lui arrive également de travailler pour des projets audiovisuels ou avec des danseurs, notamment au mois de mai pour la création de Jeff Mills au Philharmonique de Paris.

Pouvez­-vous retracer les grandes lignes du parcours qui vous ont amené a être costumière ?

Après mon BAC Arts Appliqués au lycée des Arènes de Toulouse, j’ai suivi une formation spécialisée dans le costume au lycée Paul Poiret de Paris, le Diplôme des Métiers d’Art costumier réalisateur. J’y ai appris les bases de la couture; comment faire un patron, un moulage, comment réaliser un costume tailleur, de la lingerie historique (corset, corps à baleines) comment créer des structures telles que les tournures ou les crinolines. J’y ai aussi suivi des cours d’histoire du théâtre et du costume bien évidemment. Le reste s’apprend sur le tas !

Que fait une costumière ?

Une costumière s’occupe naturellement des costumes ! Mais ça va bien au delà de ça en réalité. Nous sommes un des liens entre le metteur en scène et le comédien. Nous devons répondre aux attentes esthétiques et dramaturgiques du metteur en scène tout en respectant les désirs et les besoins des comédiens. J’ai fréquemment de longues discutions avec eux pour saisir leur ressenti par rapport aux personnages qu’ils interprètent, pour être certaine de proposer un costume adapté. Un comédien est très influencé par son costume dans sa manière de jouer. Il faut ensuite veiller à ce que l’esthétique globale est du sens, que les costumes s’accordent entre eux (au niveau de la gamme colorée par exemple) et avec les décors, la lumière …. C’est un travail d’équipe !

Quel métier rêviez vous d’exercer quand vous étiez petite ?

Je voulais être architecte d’intérieur pendant longtemps. Mais je rêvais plus de créer des ambiances spectaculaires et colossales à la manière s’un scénographe plutôt que décorer l’appartement des voisins. Et puis quelques mois avant d’envoyer mes dossiers dans les écoles, j’ai travaillé sur un projet textile et ça a été une révélation !

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Quels sont les avantages que procure ce métier ? Et au niveau des inconvénients ?

Ce que j’aime le plus dans ce métier c’est sa diversité. Je change de projet tous les 3 à 4 mois, je travaille donc avec énormément de gens différents, sur des thèmes différents, des époques différentes. Beaucoup de rencontres donc, de partage et un perpétuel apprentissage. Je n’arriverai jamais au « savoir ultime », il y a tellement de possibilités de création, de nouvelles technologies dans les matériaux, dans les coupes, et bien entendu la richesse de l’histoire du costume me réservera toujours des surprises ! Bien évidement une forte instabilité découle de ce mode de fonctionnement. C’est un métier qui peu être très précaire, avec des périodes de chômage relativement longues et surtout un nombre incalculable de projets non payés ou mal payés !

Qu’est ce qu’un costume pour vous ?

Pour moi un costume fait partie entière de la personnalité d’un personnage. Il permet de mieux le comprendre, il est très évocateur de sa façon d’être. Comme je le disais, un comédien ne jouera pas pareil selon le costume qu’il porte. La couleur, la forme, tous les éléments du costume révèlent un petit peu du personnage. Enfin le costume « est un élément du décors ». Sont esthétique doit s’accorder à la scénographie et aux lumières pour que le tout raconte une histoire cohérente. Il ne doit pas prendre le dessus sur le reste (sauf si nécessité de la pièce), il doit couler de source pour le spectateur.

Le théâtre c’était une évidence ?

Pas vraiment. Je travaille principalement pour le théâtre car c’est dans ce cercle que mes relations se sont créées. J’aime bien le cinéma aussi mais ce que j’aimerai développer surtout c’est un partenariat avec le milieu de la danse. « L’abstraction dramaturgique » si je puis dire permet une liberté plus grande à la création textile. Et les besoins d’un danseur (liberté de mouvement, respiration…) sont très différents de ceux d’un comédien. J’aimerai vraiment travailler plus dans ce domaine. Je suis un peu touche à tout et surtout curieuse de tout. Je n’ai donc pas encore de domaine de prédilection, les plus d’expériences possible sera toujours le mieux pour moi!

Pouvez-vous nous donner un exemple de pièce, sur laquelle vous avez travaillé ?

Le metteur en scène avec lequel je travaille souvent, Benjamin Porée, à un penchant pour les pièces de théâtre traitant de la perte de repère de la société, les jeunes adultes qui ne trouvent pas vraiment leur place dans ce monde ou qui ne s’y reconnaissent pas. Nous avons donc fait Andromaque de Racine, Platonov de Tchekhov ainsi que Trilogie du revoir de Strauss ensemble. Toujours en accentuant ce trait de caractère des personnages.

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Avez-­vous dû faire face à des exigences des metteurs en scène, des comédiens ?

Bien entendu. Ce sont les patrons !!! 😀 J’ai mon mot à dire dans la création et le choix des costumes c’est certain mais je suis très à l’écoute de leur désirs. Je ne peux pas envoyer un comédien mal à l’aise sur scène. Rendez vous compte du courage et de la concentration qu’il faut pour jouer devant un public. Ils s’exposent directement à la critique, frontalement. Ils n’ont donc aucunement besoin d’être gêné par leur costume ! Évidement il y en a des plus exigeants que d’autre mais là c’est une autre histoire, j’ai appris à passer outre les petits caprices !

Quelle est la chose la plus folle que vous avez dû réaliser ?

52 costumes années 20 en deux mois pour Platonov. Une copine travaillait avec moi mais nous avons arrêter de dormir pendant des semaines. C’était fantastique !

Quelles sont les différences à travailler pour une production Théâtrale ou un projet audiovisuel ? Qu’est ce que cela change dans votre façon d’envisager votre travail ?

La manière d’imaginer le costume est la même (par rapport à la psychologie du personnage etc … ) la principale différence se trouve dans les détails. On ne gère pas de la même manière un costume qui sera vu de loin au théâtre (les ennoblissements doivent être plus « criards », plus voyants, pas forcément beau de près d’ailleurs) alors qu’au cinéma nous travaillons dans le petit. Les gros plans ne laissent pas de place à l’erreur! A l’inverse, le costume peut être plus contraignant pour le comédien au cinéma (dans une certaine mesure entendons nous bien). Les prises sont plus courtes et on peut facilement tricher selon l’angle de la caméra. Au théâtre, les comédiens doivent être tout à fait libre de leurs mouvements.

Quelles sont les différentes étapes pour mettre au point un costume ?

Je commence par lire la pièce, quelques lectures associés (biographie de l’auteur, autres pièces de l’auteur, critique et essais sur la pièce). Puis je prends rdv avec le metteur en scène pour connaitre ses intentions de mise en scène. Je fais ensuite des recherches iconographiques (historiques ou inspiration de mode, de style) avant de rencontrer tous les comédiens un par un. Je leur demande comment ils perçoivent leur personnage, qu’elle est leur histoire en dehors de la pièce, qu’elle est leur personnalité profonde. Quand on étudie un personnage, on ne peut pas se contenter de la pièce qui ne représente qu’un instant de leur vie. Il faut les considérer comme de vraies personnes et essayer de s’imaginer ce qu’ils ont vécu, pourquoi ils agissent de la sorte… ça aide à définir des traits de caractère précis que nous pourrons illustrer par le costume. Les recherches continuent jusqu’à l’obtention d’un croquis, des choix colorés et de matière et c’est parti pour la réalisation en atelier. Pour les costumes contemporains c’est le même procès, mais je fait du shopping pour créer des looks.

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Avez-­vous une préférence pour les costumes masculins ou féminins ?

Pas vraiment non. Il y a plus de libertés dans le costume féminin c’est certain mais je trouve la transformation plus flagrante chez les hommes (je ne peut pas vraiment l’expliquer) Parmi toutes vos réalisations, avez-­vous un costume fétiche ? Et chez les autres ? Mmmm je ne sais pas trop. J’ai un peu de mal à prendre du recul sur ce que je fais. Il y a toujours un moment dans la création durant lequel je les déteste littéralement puis quand je les vois monter sur scène, la pression redescend et je peux être satisfaite. Mais je n’ai pas encore réalisé de costume « parfait », encore heureux je suis au début de ma carrière ! Chez les autres je me souviens d’un costume que portait une danseuse sur Octopus de Philippe Découflé. Elle était seule sur scène et dansait un tango. La moitié de son costume était un costume d’homme et l’autre une rode de femme. Sa manière de jouer avec, de placer ses mains autour de sa propre taille et de s’auto faire danser était magique. C’était un tango très torride d’ailleurs. Assez incroyable.

Etes vous influencée par d’autre costumier(­ière) ?

Je m’inspire plutôt de la mode en réalité. La haute couture se rapproche plus du costume que du prêt à porter. C’est de l’art textile. J’ai des préférences pour des créateurs très futuristes comme Iris Van Herpen, Mcqueen ou Gareth Pugh. En ce qui concerne les costumes, j’ai un penchant pour les costumes historiques. J’aime le travail de Colleen Atwood dans Public enemies ou Mémoires d’une geisha. Mais globalement les films chinois tel que La légende du scorpion noir, Le secret des poignards volants ou Tigre et dragon sont des merveilles de raffinement !

Que deviennent les costumes à la fin ?

Cela dépend. Ils peuvent être stockés par la compagnie (c’est que qu’il se passe généralement au théâtre ). Après un film on revend tout a des loueurs de costumes ou des compagnies de théâtre par exemple. J’imagine qu’ils gardent les pièces maîtresse pour les films à succès 🙂

Merci à Marion Moinet pour sa disponibilité.

Retrouvez la sur son site Internet.

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