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Le Ranelagh est un théâtre magnifique, c’est un décor (chêne sculpté de style néo-renaissance) à lui tout seul de la pièce qui va se jouer sous nos yeux. Je suis au deuxième rang, j’aime parfois être si près, on ne peut pas tricher, je peux lire chaque émotion dans leurs yeux.

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« Mon envie est de donner à entendre ce texte sublime écrit pour les femmes. La Religieuse, en son temps scandaleuse, m’a fait adorer Diderot. La présence mélancolique de la viole de Gambe ponctue les tourments de Suzanne, recluse et manipulée… mais luttant pour sa liberté. » Voilà par quels mots Nicolas Vaude nous parle de son projet. Avec une mise en scène fine et sensible sans fioritures (sobriété des costumes, pas de décor, peu d’accessoires) nous est contée l’histoire de cette religieuse rejetée par sa famille car née sous le signe de la bâtardise contrainte par sa mère d’entrer au Couvent.

Suzanne, toujours en rébellion, libre penseuse éprise de liberté, est interprétée avec sensibilité par une Christelle Reboul à fleur de peau totalement époustouflante dans sa lancinante souffrance. Elle honnit la vie monastique et cherchera par tous les moyens à en réchapper. Martyrisée par sa mère supérieure puis trop aimée de sa remplaçante, la vie de Suzanne n’est qu’une succession de déboires, mais elle a cette volonté farouche de vivre. Il n’y a ici aucune indication de lieu ni de temps. À la place, la sensation écrasante de la répétition sans fin, qui met le spectateur dans la peau de l’héroïne.

Elle est accompagnée sur scène par Marie Laurence Tartas qui incarne les figures de la mère, qui tour à tour suivant le personnage est détestable, lâche et/ou pathétique.

Troisième acteur sur scène, Frédéric Andreau, tour à tour homme d’église ou avocat, il est la seule présence masculine dans la vie de Suzanne, c’est à lui qu’elle se livre le plus. Il est excellent, autant j’aime voir les acteurs briller sur scène, autant j’admire ceux qui savent se faire oublier et malgré son charme magnétique, il savait disparaître de nos esprits pour nous permettre de mieux nous concentrer sur l’action.

Quatrième présence sur scène, Christine Plubeau, jouant de la viole de gambe dont le son est plus doux et plus mélancolique que le son du violon, accompagne les sentiments de la jeune Suzanne.

On sentait la fin inéluctable et le spectacle s’achève comme il avait commencé : la narration par Suzanne de ses premières années. Effrayant, ce procédé nous suggère que le calvaire de Suzanne est loin d’être fini.

Une pièce magistrale, absolument bouleversante, à voir absolument.

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