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C’est avec bonheur que je vais voir La Trilogie de La Villégiature à La Comédie Française ce Jeudi et ce n’est pas la longueur de la pièce qui va faire faillir mon sourire … 4h 30 avec 2 entractes

Mise en scène par Alain Françon, jouée la saison dernière au Théâtre éphémère, La Trilogie de La Villégiature de Carlo Goldoni revient pour mon plus grand bonheur entre les murs de la Comédie Française.

« La Trilogie de la villégiature raconte en trois épisodes les aventures d’une bourgeoisie prise au piège des apparences, qui tente de rivaliser avec l’aristocratie fortunée à l’occasion de vacances à la campagne, fût-ce au prix de dettes. Dans La Manie de la villégiature, deux familles se lancent avec fièvre dans les préparatifs. Dans Les Aventures de la villégiature, les amours et les rivalités s’épanouissent dans la douceur de l’oisiveté bucolique tandis que s’évapore la fortune chimérique. Dans Le Retour de la villégiature, à Livourne, la réalité reprend ses droits dans son arbitrage de la raison et des sentiments. »

La mise en scène est épurée, privilégiant, comme le souhaitait Goldoni lui-même, le texte et sa mise en valeur. Les décors sont astucieux : d’un pivotement des cloisons à 45 degrés, on change de lieu. A ce sujet, pendant les entractes, mon amusement a été grand d’entendre l’équipe changer les décors.

Quant aux personnages, chaque interprète mériterait une analyse fouillée de son travail. Ils sont dix-huit comédiens et une violoniste.

Comme souvent chez Goldoni, c’est autour d’une femme que tourne l’intrigue. Voici Giacinta, interprétée avec une voix monocorde par Giorgia Scalett, à qui je le reproche à peine, tant cela sied à son rôle, tour à tour coquette et raisonneuse, enfant capricieuse et adulte qui renonce à sa passion. Cette belle a un père, Filippo (Hervé Pierre), au cœur trop tendre, bonne pâte, il ne peut rien refuser à sa fille. Cette dernière a deux prétendants. Le premier, Guglielmo, interprété par le talentueux Guillaume Galienne, est un amant fidèle et dévoué, tout cela dans une touchante retenue, pour qui on ne peut que compatir de ses désillusions amoureuses. Le deuxième, Léonardo, auquel Laurent Stocker prête ses traits, est un amant plus jaloux qu’amoureux, un bourgeois insouciant et inconscient qui court à sa ruine. Anne Kessler interprète Vittoria (la capricieuse sœur de Leonardo), peste à souhait, drôlissime dans ses scènes d’hystérie poussant des cris que je ne pensais plus possible une fois adulte, hypocrite, jalouse, coquette cherchant à briller en société coûte que coûte, elle aurait tous les défauts, si ce n’était sa loyauté sans demi-mesure à son frère.

Michel Vuillermoz apporte un peu de légèreté dans cette comédie où le drame n’est jamais loin, en incarnant un Picassiette grandiloquent, se donnant des airs, et obsédé par la fortune de Mme Costanza, interprétée par Florence Viala, dont le jeu manquait de consistance. Autres rôles apportant un peu de légèreté à la pièce : Rosina (Adeline d’Hermy) et Tognino (Benjamin Lavernhe) qui forment un duo/couple au charme enfantin et taquin.

Pour achever cette distribution, n’oublions pas Bruno Raffaelli qui campe un Fulgenzio censé être la Raison de tout ce petit monde, l’ami qui tente d’arranger tous les problèmes alors qu’il n’est la cause d’aucuns.

Au final la pièce m’a bouleversée. Que de couples mal assortis, que de cœurs mal aimés, personne n’est avec la bonne personne, à cause de la raison, de l’honneur, de l’inconséquence ou de l’avarice… Cela m’a plus d’une fois brisé le cœur, et en cela le jeu parfait de Guillaume Gallienne en amoureux transi mais délicat que parfois la douleur rend hagard, m’a totalement bouleversée (aux larmes).

Cette farce satyrique d’une bourgeoisie voulant imiter le faste de l’aristocratie, est bien cruelle pour mon trop jeune cœur et j’en veux terriblement à son auteur, que je maudirais si tout cela n’était pas d’une telle beauté. Et l’atmosphère à la fin est aussi lugubre que les espoirs déçus et les désillusions.

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