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vz-A4751473-8EB4-4E9F-975F-12E7064BD296Cela faisait longtemps que je voulais voir cette pièce et l’occasion s’est présentée cette semaine.

Inconnu à cette Adresse est issu du roman épistolaire de l’Américaine Kressman Taylor, qui en une vingtaine de lettres, retrace l’évolution des relations entre un Allemand de retour au pays (Martin Schulse interprété par Tchéky Karyo) et un Juif Américain (Max Eisenstein interprété par Patrick Timsit), associés et grands amis ; pendant la montée du Nazisme en Allemagne.

Sous l’influence des événements tragiques se déroulant en Allemagne, le ton de leur correspondance change peu à peu. Subtilement le ton s’assèche, teinté par un antisémitisme, que ne tempère plus la moindre trace d’affection d’un côté, alors que l’angoisse et l’incompréhension pointent de l’autre. Et puis, toujours en filigrane, un drame individuel se noue, une vengeance implacable se prépare … et renverse les rapports de forces (Bourreau/Victime). Il n’y a aucun commentaire. On assiste, au fil des lettres, à ce qui est en train de se jouer, à l’idéologie fasciste qui s’infiltre dans une amitié de toujours, à l’horreur qui arrive, à la souffrance et à la mort.

Le texte de la pièce et la mise en scène de Delphine de Malherbe, d’après une adaptation de Michèle Lévy-Bram, sont épurés à l’extrême, sans fioritures ; néanmoins elle réussit le tour de force de passionner, toucher, attrister et vers la fin à nous surprendre.

Certes j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans la pièce; la faute au jeu en deçà de mes attentes de Tcheky Karyo, qui ne maîtrisait pas son texte, ses balbutiements et ses erreurs de texte rompaient le rythme face à un Patrick Timsit irréprochable, qui lui, avait déjà régalé les spectateurs d’Avignon avec ce rôle en duo avec Thierry Lhermitte. Mais j’ai été émue aux larmes par le destin tragique et annoncé (nous avons cette chance/malchance de connaître les errements de l’Histoire) de Griselle et l’accablement de Max, son frère, face à la lâcheté et la trahison de son ex ami, dont le visage se crispe dans l’expression d’une animosité et d’une souffrance inouïes (une scène magnifique et bouleversante).

Une terrible colère monte en nous face à l’embrigadement de Martin et ses propos antisémites et j’ai mesquinement jubilé à la fin cruelle de la pièce dont le rythme s’accélère dans le dernier quart d’heure.

On en ressort bouleversé et les comédiens aussi lorsqu’au moment du salut, l’on découvre leur visage marqué, éprouvé, abattu, fatigué par une heure et quart de jeu intense.

Je n’ai qu’un bémol: c’est la brièveté de la pièce, de l’échange, Martin semble adhérer trop rapidement à l’idéologie Nazie, et n’hésite pas un instant  à envoyer en l’air une amitié vieille de trente ans, convaincu qu’il est que la renaissance de la grande Allemagne ne puisse se faire qu’après une épuration des éléments « indésirables », c’est aussi ce rude revirement qui fait la brusquerie de la pièce.

J’ai également eu du mal à la lecture de la première lettre à savoir qui était qui, si le lecteur était l’auteur ou le destinataire … il se trouve que dans la mise en scène c’est celui qui écrit la lettre qui la lit, il est alors éclairé et celui qui la reçoit est également en position de lecture silencieuse de l’autre coté de la pièce, mais assombri. Il y a donc deux jeux parallèles sur scène et il est tout aussi intéressant de scruter les expressions de celui qui reçoit que de celui qui lit/écrit … donc éventuellement une pièce à revoir afin de voir les détails qui nous auraient échappés.

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